Festival de dessin #5 – La perspective de la mouche et le parfum du mimosa
Lors de ce cinquième tour arlésien, le dessin ne signifiait plus seulement des images, mais aussi des points de vue : il fallait se repérer entre les feuilles des arbres, sous des nuages de lumière dans une église, et dans des intérieurs d’appartement vus depuis le plafond. Après les œuvres plus silencieuses du Palais épiscopal, la Croisière a de nouveau montré comment un simple intérieur peut devenir une question sociale, et comment une mandarine peut se transformer en minuscule acte d’accusation. Pendant ce temps, la série Louis Vuitton Travel Book rappelait qu’un dessin raconte parfois une ville de façon plus réelle que n’importe quelle photo touristique.
Palais l’Archeveché : dessins et aquarelles plus sereins
Gérard Traquandi
Le type travaille avec de simples aquarelles, sur de simples feuilles de cahier. J’aime le fait qu’il ne cherche pas à restituer la réalité avec exactitude, mais que cela ne devienne pas non plus une représentation complètement abstraite.
Il dessine avec une multitude de petits coups de pinceau, surtout des arbres. Comme s’il dessinait les branches feuille par feuille.
Il y a beaucoup d’artistes devant les œuvres desquels, dans la vie quotidienne, je passerais tout simplement sans m’arrêter ; elles ne m’intéresseraient pas particulièrement. Mais ainsi, dans le cadre d’un festival, mises en contexte avec d’autres artistes, ces œuvres deviennent vraiment instructives. Pour moi, c’est l’une des plus grandes qualités de ce genre de festivals.
Georges Ribemont-Dessaignes
Même s’il n’avait pas été écrit qu’il était né à Montpellier, on remarquerait tout de même qu’il vient de la région. On dirait qu’il dessinait avec un simple crayon noir ; avec justesse et sensibilité, principalement des oliveraies.
Edmond Baudoin
Ce n’est pas une mauvaise idée non plus : à côté de la peinture noire, une seule couleur vive, comme contraste.
Église Saint-Blaise : nuages de lumière et formes flottantes
Irène Dacunha
Des lampes lumineuses, semblables à des nuages, dans une vieille église.
À quoi suis-je censé penser, au juste ?
On dirait des peintures rupestres sur ces coussins décoratifs flottants.
Croisière : intérieurs, questions sociales et mimosa
Rosa Maria Unda Souki
Comment fait-elle ces dessins ? Est-elle montée au plafond ?
Elle dessine des natures mortes et des intérieurs d’appartement. Dans la première salle, nous voyons les espaces depuis une perspective comme si une mouche était posée sur le mur.
Dans la deuxième salle aussi, elle utilise très bien les couleurs. On dirait un peu des dessins en volume, ou du moins elle guide très joliment le regard vers l’arrière-plan : là, par exemple, un tronc d’arbre coupé, sans couronne, se dresse quelque part dans une cour, tandis qu’au premier plan, près du rebord de la fenêtre, il y a de belles mandarines colorées.
Il était également écrit qu’elle avait reçu un prix prestigieux, à juste titre. En regardant ses images, je pense à des problèmes sociaux.
Du café coule dans une tasse depuis une branche d’arbuste coupée. D’ailleurs, dans sa forme actuelle, à quel point la consommation de café est-elle durable ?
Au premier plan, l’étagère d’un garde-manger ; à l’arrière-plan, l’intérieur nu de l’appartement. Est-ce vraiment une vie, si nous n’avons de l’argent que pour la nourriture ?
Des branches de citronnier qui se penchent dans une salle de bains coloniale, des crèmes faites à base de citron. Est-ce vraiment à cela que nous devrions gaspiller nos ressources ?
Sur l’étagère des produits de toilette se trouve l’un de mes préférés, le mimosa, à partir duquel on fabrique d’excellents produits cosmétiques. D’ailleurs, l’arbre lui-même devient grand et résistant ; là, au-dessus de ses racines, il est aussi beau et parfumé, et puis il fait également bonne figure dans les savonneries. À chaque floraison de février, je me demande moi aussi : est-ce vraiment une bonne chose, si, au nom d’une mode, nous taillons un arbre jusqu’à le rendre presque nu ?
Louis Vuitton Travel Book : souvenirs dessinés des villes
Chaque année, ce sont ces livres qu’ils apportent dans cette salle. La maison Louis Vuitton finance une série de carnets de voyage très soignée. Ou plutôt deux, car il existe une description plus traditionnelle de la ville donnée, avec beaucoup de texte, et à côté, il y a les dessins, auxquels on consacre parfois même un livre séparé pour chaque ville.
Pour une ville ou un lieu géographique célèbre, ils lancent un appel, puis invitent un dessinateur. Il n’est pas nécessaire qu’il soit connu. L’artiste choisi parcourt les rues pendant six mois et dessine. Par exemple, le livre sur Venise a été réalisé par un artiste japonais.
Ce qui est bien dans ces livres, c’est que la ville nous est restituée à travers le regard et les expériences d’une personne ordinaire. Souvent, ils ne dessinent même pas les monuments incontournables, mais de petits moments : par exemple, un ouvrier qui répare la route à côté de la statue d’un soldat romain, ou la fontaine de Trevi qui apparaît sur le téléphone d’un touriste. Ces dessins sont plus réels que n’importe quelle sélection de photos.
Eh oui, la Croisière, cette fois encore, comme toujours, rassemble les œuvres les plus populaires. L’exposition de caricatures au rez-de-chaussée en est un exemple.
Ce qui était également bien dans ce festival, c’est que nous avons eu des exemples de tout : de l’abstrait, du facilement accessible, et aussi des œuvres de qualité, mais tout de même directes.
Arles, le 15 mai 2026
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