Festival du dessin #1
Cette année encore, Arles s’est remplie de dessins, et le Festival du Dessin a réuni à la fois des messages sociaux abstraits, des avertissements cachés dans des dessins d’enfants et un travail de ligne à couper le souffle. Il y avait une figure avec un pénis à la place de la tête, un téléphone démoniaque, un mur d’immeuble romain et Paris déformé comme à travers un objectif fisheye. Un festival où, parfois, ce qui semble compréhensible devient le plus difficile à comprendre, tandis qu’à d’autres moments, un dessin d’enfant dit l’essentiel.
Monstres dessinés à Arles
Le lieu, pour la troisième fois déjà, c’est Arles, avec le mois d’événements du Festival du Dessin.
Église Sainte-Anne
La collection Karmitz
Apparemment, Marin Karmitz est un type célèbre : arrivé de Roumanie en France en tant que Juif persécuté, il a ensuite fondé l’une des plus grandes sociétés françaises de cinéma. C’est ainsi que ce lieu est présenté, mais pour moi, ce ne sont pas forcément ses images qui étaient les plus intéressantes, mais les œuvres des artistes partenaires.
On écrit qu’ils s’occupent de questions sociales. J’ai vu une image sur les menstruations, et quelques dessins monochromes de mamelons. En effet, ce sont aussi des questions importantes. Il y avait également une image où l’on avait littéralement dessiné une tête de bite : à la place de la tête du personnage, il y avait un pénis. C’était à la fois drôle et troublant.
Espace Van Gogh
Les dessins des enfants
Quand je vois des choses comme celles-là, je soupire : peut-être qu’il y a tout de même encore de l’espoir.
Sur plusieurs dessins, le téléphone apparaît comme une chose maléfique. Sur l’un d’eux, par exemple, la tête de la mère est remplacée par un téléphone ; sur un autre, la caméra en haut de l’appareil est mise en avant comme un énorme œil orbital, sanglant, avec d’immenses cornes.
Ces enfants voient quelque chose avec une grande précision. Peut-être que nous, nous nous y sommes déjà habitués, mais eux reconnaissent encore le monstre quand il est branché sur son chargeur.
Jean Tinguely
On dirait que chaque festival, celui du printemps comme celui de l’été, se déroule selon le même schéma. Du moins, c’est l’impression qui s’est renforcée en moi cette fois-ci.
Au rez-de-chaussée, il y a toujours des artistes que je ne comprends pas. Des artistes que même moi, je trouve abstraits. Les salles latérales sont généralement réservées aux enfants, et à l’étage, il y a toujours des représentations de la nature : même si elles ne sont pas réalistes, elles sont au moins compréhensibles.
Chiara Gaggiotti
Cette année, l’Italie est l’invitée d’honneur.
J’ai beaucoup aimé le dessin monochrome de Chiara Gaggiotti, qui occupait la moitié d’un mur. Elle y avait immortalisé le mur d’un ancien immeuble romain, dans un style un peu semblable à un dessin technique, sauf qu’elle y ajoutait les fissures du mur, les fils qui pendent et le ventilateur à la fenêtre.
Je me demandais combien de temps elle avait pu rester assise sur cette place avant de le terminer. Tout le dessin était fait de lignes : des lignes très fines, minutieuses, superposées les unes aux autres. Un travail sensationnel.
J’ai aussi aimé le fait qu’elle ait réalisé plusieurs images du même sujet au bord du fleuve. C’était beau de voir comment, chaque jour, elle découvrait autre chose dans le même paysage.
Erik Desmazières
Erik Desmazières réalise des dessins très précis, en nuances de gris, d’espaces extérieurs et intérieurs parisiens. Le résultat donne l’impression qu’il dessine avec un objectif fisheye.
J’aime la manière dont il courbe la réalité. Il ne la déforme pas complètement, juste assez pour que l’on remarque soudain que l’espace que l’on croyait naturel peut, en réalité, se déplacer sous nos pieds à tout moment.
Arles, le 7 mai 2026.
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