Festival du dessin #2
En parcourant les salles d’un festival du dessin à Arles, on voit naître parfois le rire, parfois l’étonnement, et parfois des pensées très sérieuses. Les œuvres exposées ne sont pas toujours compréhensibles au premier regard, mais elles laissent tout de même une trace : des questions, des souvenirs, des associations. Derrière les œuvres de Lee Ufan, Dino Buzzati, Ceija Stojka et des autres, une même question demeure finalement : que nous fait une image ?
Lee Ufan
Germaine Richier
Ces représentations humaines me font penser à Léonard de Vinci, qui aurait dit, paraît-il, dans l’un de ses enseignements à quelqu’un qui voulait apprendre à dessiner, de dessiner sa main de nombreuses fois ; le résultat deviendrait de plus en plus précis.
Eve Gramataki
Elle a apporté des dessins amusants ; j’aime leur richesse de détails. C’est une bonne idée, la manière dont elle a utilisé des crayons d’enfants pour la chaussure d’enfant.
Deuxième étage et rez-de-chaussée
Une fois de plus, nous cherchons le sens de l’œuvre ; à quoi le poète pouvait-il penser, qu’est-ce qui l’a motivé ? Pendant ce temps, l’artiste s’est peut-être simplement dit : sur le moment, cela semblait être une bonne blague. Donc, selon moi, la question est : quelle trace cela laisse-t-il ? Laisse-t-il une trace, des pensées derrière lui ? Eeeet oui, pas qu’un peu.
Les œuvres de Lee Ufan aussi me semblent tellement détachées de la réalité, tellement incompréhensibles, qu’elles ne provoquent chez moi que le rire ; d’autres les apprécient sûrement autrement. Donc, si le but de l’artiste est aussi de créer de nouvelles pensées dans la tête de celui qui regarde, alors l’exercice a atteint son objectif. Ce serait cela, l’essentiel : créer de nouvelles pensées en eux. En nous. Et les œuvres de Lee Ufan, qui semblent être de simples éléments de décoration intérieure, en sont tout à fait capables.
Salle Henri Comte
Thématique italienne :
Dino Buzzati
J’attendais beaucoup cette exposition, parce que cet hiver j’ai lu de lui un roman romantique qui m’a plu.
Ils ont apporté, par exemple, une image qui donne l’impression que la fille a une moustache.
Ensuite, j’ai vu un dessin en noir et blanc représentant une femme, puis, un peu plus tard, j’ai vu un livre, une bande dessinée, publié par Magvető à Budapest vers les années quatre-vingt. On y retrouvait le même visage féminin, mais en couleur, avec des textes en hongrois. J’ai été complètement stupéfaite qu’un livre hongrois soit conservé dans l’héritage d’un ancien artiste milanais !
D’ailleurs, ce type était vraiment un peu sexiste. Pas étonnant qu’il ait écrit un livre sur une prostituée dont le client est un peu polymathe — tout comme Buzzati lui-même.
Guido Crepax
Ces dessins expriment des douleurs, des émotions, et ils me plaisent déjà rien que par leur sujet ; nous sommes surtout dans l’univers du jazz.
Fondation Manuel Rivera-Ortiz
Laurence Renaux Empereur
Je lis et je regarde des images de quelqu’un dont on écrit qu’elle n’a jamais appris à dessiner. Picasso, lui, a appris, et pourtant j’ai aussi vu chez lui une œuvre semblable. Puis une pensée me vient : ce ne sont tout de même pas des dessins d’enfants ! Les enfants représentent peut-être les sentiments autrement.
Armand Avril
Si ce drôle de monsieur, qui était un jeune berger provençal, a réussi grâce à cet autodidactisme, alors moi aussi, je pourrais peut-être commencer à dessiner. Non, pas selon ce principe grinçant du « Je pourrais gribouiller ça moi aussi ! »
Je leur fais dire que, si tu sais vraiment le faire, alors fais-le ! Et pourquoi cela n’a-t-il pas marché ?
Pour moi, cette salle prouve aussi que ce n’est pas forcément la haute formation qui est indispensable à la création artistique…
Christian Lhopital
J’ai un peu l’impression que ce vase a été lancé contre le mur.
Ceija Stojka
Des images du camp de concentration. Je ressens en même temps que ce sujet est déjà trop lourd pour moi — pas aujourd’hui, mais de manière générale —, et je pense aussi que le monde reçoit trop peu de ce sujet.
Il ne pèse toujours pas sur assez de personnes pour que nous comprenions l’importance de la paix.
Voici cette femme autrichienne qui, cinquante ans plus tard, ne dessine plus seulement des silhouettes gris cendre, floues — à côté de donneurs d’ordres gris, anguleux, aux arêtes nettes, avec des barbelés enfumés à l’arrière-plan —, mais qui a déjà aussi des images inspirées par la nature, par exemple des scènes de forêt. Pourtant, même dans ses images réalisées cinquante ans plus tard, les couleurs sombres et les ombres dominent encore.
Les souvenirs de l’humanité sombrent bien trop vite dans l’oubli !
Arles, mercredi 13 mai 2026
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