Trou de serrure, portrait sur Post-it et femmes nues du XVIIIe siècle – Festival du dessin #4
À Arles, lors de cette quatrième étape du festival du dessin, une chose est devenue claire une fois de plus : tous les dessins ne cherchent pas à me parler, et c’est très bien ainsi. À l’étage supérieur de la chapelle du Méjan, je suis plutôt resté à l’extérieur de l’expérience, tandis qu’en bas, les travaux des jeunes artistes ont de nouveau montré combien d’idées peuvent tenir sur une seule feuille. Au musée Réattu, les fresques romaines, les abstractions du XXe siècle et les nus du XVIIIe siècle, d’une précision troublante, se mélangeaient comme si le temps n’était qu’un prospectus de musée mal plié.
Chapelle du Méjan
Jacek Jarnuszkiewicz
De beaux dessins, mais ils ne m’apportent pas grand-chose. Des œuvres graphiques presque monochromes. L’artiste vient d’une famille de sculpteurs, il est lui-même sculpteur, et pourtant il a enseigné le dessin à l’université. On dirait vraiment que ses dessins sont des études pour ses sculptures.
Gilles Aillaud
Lui, au moins, ses sujets sont bons : je vois des dessins d’étude consacrés aux animaux.
Parce qu’en réalité, à l’étage du Méjan, il y a de nouveau des dessins un peu étranges. Ils sont sûrement bons pour quelqu’un, mais pour moi, ils ressemblent à peu près à ce qu’un professeur de dessin d’école primaire noterait sévèrement. Je n’arrive pas à entrer en relation avec cette salle. Peut-être que d’autres y arriveront.
À l’étage inférieur
Une fois encore, des écoles de dessin se présentent. C’est toujours une bonne chose. Les émotions coulent des dessins des jeunes ; pas comme à l’étage supérieur, selon moi.
Voici par exemple une image qui ressemble au sol d’un entrepôt de peinture après une tempête. Donc ce n’est clairement pas moi qu’ils visent avec ça, mais au moins, il y a une atmosphère.
On peut enseigner la science du dessin à beaucoup de gens, mais on dirait que ces élèves ont une sensibilité particulière, une vision du monde qui leur est propre. Voici par exemple l’image suivante, qui travaille avec des couleurs sombres, possède un arrière-plan, un premier plan, et dans laquelle l’étudiant a aussi mis ses pensées.
Et puis celle-ci aussi, quelle bonne idée : nous regardons dans une pièce à travers le trou d’une serrure.
Ensuite arrive une scène de vie colorée qui ne contient pourtant que du noir, sans aucune nuance. Une baignade joyeuse au bord d’un lac : nous sommes sur le ponton. Quelles pensées peuvent bien se cacher sous la surface de l’eau ?
J’adore encore cette salle cette année. Ces dessins sont pleins d’idées. Comme, par exemple, ce portrait dessiné sur des Post-it placés les uns à côté des autres.
Musée Réattu
J’aime beaucoup ce musée. Monsieur Réattu était peintre et collectionneur d’art, peut-être au XVIIIe siècle ; après sa mort, il a légué son palais au bord du fleuve à la ville.
J’aime cet endroit parce qu’ici aussi, ils sont capables de mettre entre parenthèses les notions d’espace et de temps. La toute première salle est ici aussi antique, mais entre deux fresques romaines, ils sont capables de placer une œuvre abstraite du XXe siècle, parce que, vraisemblablement, les trois artistes pensaient à la même chose en créant. Dans notre cas, par exemple, à la chaleur du foyer familial.
Oui, d’ailleurs, je n’aime pas quand quelqu’un ne sait pas penser en dehors du cadre. 🙂
Ce que j’aime aussi dans ce musée, et dans beaucoup d’autres lieux d’exposition locaux, c’est qu’avec ce pass festival à vingt euros, on peut, dans la plupart des endroits, y compris ici, visiter aussi les expositions permanentes.
Tout à la fin du parcours se trouve la collection temporaire. Les œuvres qu’ils y présentent ne sont pas toujours faciles à consommer ni populaires, mais ce sont toujours des pièces que le milieu professionnel attend beaucoup. Il y a donc toujours un grand intérêt ici.
De la collection d’images de la Bibliothèque nationale de France
Ils ont présenté trois artistes des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Le plus ancien était le plus frappant, parce qu’il dessinait, par exemple, des femmes nues avec une précision photoréaliste, avec un seul crayon. Il y avait une image sur laquelle on aurait dit que la femme était en train de se masturber. Je le dis bien : au XVIIIe siècle ! Le titre de l’image se résume à cela : Étude de femme nue.
Au fait, ce type était architecte. Il a surtout réalisé des plans de bâtiments, futuristes pour leur époque, ou bien un peu rêveurs.
L’artiste avant-gardiste du XXe siècle avait lui aussi de bonnes images. J’aime ce style et cette période artistique, mais je ne les accrocherais tout de même pas au mur de ma chambre.
Arles, le 15 mai 2026
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